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1. Juillet 2012, 00:00 CD / Vinyl Music

Fiona Apple - « The Idler Wheel... »

Sophia Bischoff - Il aura fallut attendre sept ans avant de l’entendre dévoiler ses tripes sur un nouvel album. La patience est une vertu et Fiona Apple sait s’en servir pour prendre le temps qu’il faut pour laisser la magie s’opérer.

Fiona Apple - « The Idler Wheel... »
16 ans après la sortie de son premier album, « Tidal », Fiona Apple ne semble toujours pas avoir dominé ses démons intérieurs. En 1996, elle parlait ouvertement du viol qu’elle a vécu à l’âge de 12 ans. La douleur qui en découle et les tourments qui la ronge lui ont permis de faire une entrée fracassante dans l’industrie musicale. Les critiques étaient unanimes ; alors que les autres chanteuses s’enfermaient dans une pop sucrée aux paroles sorties des « Feux de l’amour », Fiona Apple, alors âgée de 19 ans, dévoilait le fin fond de son âme sur une musique profonde et travaillée. Il n’a pas fallut longtemps avant qu’elle soit perçue comme l’une des icônes de sa génération. Malgré les moqueries qui ont entouré la longueur du titre de son deuxième album, « When The Pawn... »*, sorti en 1999, la new-yorkaise a réussi l’exercice en affirmant son image d’artiste à fleur de peau et à la poésie tranchante. Il aura fallut attendre six ans pour entendre un nouvel album de Fiona Apple. Sorti en 2005, « Extraordinary Machine » a définitivement confirmé le talent de l’artiste. Puis, le silence s’est à nouveau installé. Fiona Apple a pris le temps qu’il a fallut pour terminer sa dernière création. Et elle a eu raison.


Nous rejoignons sa discographie au mois de juin 2012, date à laquelle est sorti son nouvel album. Se moquant pas mal de ce que peuvent penser les détracteurs de ses œuvres, Fiona Apple a à nouveau renoué avec un titre plus long que la normal : « The Idler Wheel Is Wiser Than The Driver Of The Screw & Whipping Cords Will Serve You More Than Ropes Will Ever Do ». Pourquoi ? Parce que, selon elle, c’est comme cela que cet album était supposé s’appeler.


Pour cet album, Fiona Apple est revenu à des compositions plus brutes. Majoritairement aidée par le percussionniste Charley Drayton, les titres de « The Idler Wheel... » sont à l’opposé de ce qu’on a pu connaître d’elle. Point d’orchestre et d’arrangements aux milles horizons. Fiona Apple revient à des ambiances sobres et épurées. Loin de se satisfaire de la facilité, l’artiste s’est plutôt dirigée vers le travail du son. Sur une base principalement orchestrée par le piano, Apple y ajoute un voyage dans les percussions ; tantôt rythmées par des influences jazz, tantôt effleurées d’un coup de balais, parfois affirmées par le grondement d’un tambour. Nouvel élément central de l’univers de la chanteuse ; les bruits de la vie. Elle s’approprie le son d’une marche pour en faire le rythme de « Periphery », le bruit ambiant d’une usine pour donner du corps du titre « Jonathan » et les rires d’enfants pour donner encore plus de vie à « Werewolf ». Grâce à cet exploration sonore, Fiona Apple livre un album où, plus que jamais, la musique a la force nécessaire pour porter les tourments de cette âme si fragile.

Fiona Apple ne serait sans doute pas l’artiste que l’on connaît sans sa sincérité déconcertante. Peu de musiciens ont autant dévoilé leurs tripes au fil de leurs albums. La douleur est devenue sa muse et au lieu de la subir à longueur de journée, la new-yorkaise la transforme en poème brute, dur, déroutant et, on l’espère, salvateur. La peine est comme un deuxième squelette, nous dit-elle dans « Every Single Night ». Dans ce titre, elle nous dévoile également qu’elle se bat avec son cerveau pour tout ressentir. La meilleure manière de se gérer ses démons n’est-elle pas de les affronter de pleins front ? Il n’y a aucun doute sur ce point.


Avec « The Idler Wheel... », la chanteuse s’est servie de cette voix si dure et fragile en même temps pour aventurer un peu plus dans l’auto-critique. Sur « Valentine », elle expose l’image de cette personne auto-destructrice qui se nourrit du divertissement que vivent les autres pour survivre. « Left Alone » dévoile les regrets d’une femme qui ne désir que la solitude alors qu’elle a en face qu’elle quelqu’un de bien dont elle ne peut pas profiter de la compagnie. Fiona Apple termine « The Idler Wheel » sur une touche de positivité ; sur « Hot Knife » la chanteuse parle de celui qui semble enfin lui faire ressentir quelque chose. Ce dernier titre, avec son rythme entrainant, ses chœurs envoûtants et sa poésie typiquement Appleienne, dévoile le coup de cœur de l’album.


« The Idler Wheel... » marque le grand retour de l’icône new-yorkaise. Elle joue avec les mots, utilise les sons avec intelligence et offre son art d’une manière sincère. Fiona Apple se préoccupe peu du « qu’en dira-t-on ? » et délivre sa musique telle qu’elle est. L’univers visuel qui entour cet opus est lui tout aussi brute et déluré. Offrant un premier clip à l’univers loin des standards de la beauté et une pochette d’album recherchant plus la représentation abstraite de sa personne, elle affirme sa position d’artiste inclassable. En résumé, « The Idler Wheel... » est un album qui vous emportera dans l’univers torturé d’une Fiona Apple qui a, une fois encore, décidée de vous ouvrir son âme.


* Le titre complet étant : « When the Pawn Hits the Conflicts He Thinks Like a King What He Knows Throws the Blows When He Goes to the Fight and He'll Win the Whole Thing 'Fore He Enters the Ring There's No Body to Batter When Your Mind Is Your Might So When You Go Solo, You Hold Your Own Hand and Remember That Depth Is the Greatest of Heights and If You Know Where You Stand, Then You Know Where to Land and If You Fall It Won't Matter, Cuz You'll Know That You're Right »

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